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Le club des cinq en Inde ! - 05/03/2008

A l\'assaut du Taj, tous les cinq !

A Agra, un bijou de retrouvailles !

Nous les attendions depuis bientot six mois... Ce qui ne nous a pas empêché de paniquer dans les dernierès minutes avant leur arrivée ! Une incompréhension, et nous voilà pris de cours : nous les croyions encore en France que Céline, Olivier et Serge étaient déjà en vol, aux portes de l'Inde. Cafouillage pour nos retrouvailles que nous avions prévues avec un jour de retard ! Pas eu le temps de convenir d'un rendez-vous précis ... Dans l'incertitude, nous passons donc la journée du 12 février à les attendre à la gare d'Agra. Nous sommes en poste depuis huit heures du matin quand, ébahis, nous les voyons sortir de la gare à... 15h30 ! Nos amis sont épuisés : Serge est très affecté par une grosse angine, Olivier tremble encore apres ce premier trajet depuis Delhi, Céline est pivoine d'avoir enchaine les fous rires nerveux depuis minuit la veille... Retrouvailles émouvantes et surréalistes, comme convenu, tout près du Taj Mahal. Dans la soirée, nos amis nous racontent leur enfer entre l'atterrissage à Delhi et la descente sur le quai d'Agra ; les trois heures d'attentes nocturnes a l'aéroport, un chauffeur de taxi au bord de l'assoupissement, la gare de Delhi avec ses rats, ses centaines de corps assoupis, sa misère qui saute aux yeux quelques heures après Paris ; un train qui met sept heures à parcourir 150 kilometres, les tentatives d'extorsion de passagers malhonnêtes, le trajet sous les regards indiens... En quinze heures, il semble que l'Inde se soit chargée de leur souhaiter la bienvenue à sa façon. Nous en rions sur le toit de notre hôtel, autour d'un verre, avec le Taj en toile de fond. Rassurés d'etre arrivés à bon port, ce joyeux trio peut enfin se reposer apres avoir goûté aux joies de la gastronomie locale. Dès la première soirée, nous faisons un saut à la pharmacie pour Serge, dont l'état est préoccupant : quintes de toux violentes, douleurs dans la gorge, et la fatigue qui - nous ne le savons pas encore à ce stade - le poussera a s'endormir un peu partout dans les jours à venir.

Notre première journée à cinq, nous la passerons tranquillement à 40 kilomètres d'Agra, avec la visite dans l'après-midi de la cité abandonnée d'Akbar : Fatehpur Sikri. Une promenade dans le temps à travers un complexe architectural impressionnant. Certains panneaux de pierre y sont ciselés comme de la dentelle. La finesse de ces ouvrages - leur démesure aussi - nous mettent en appétit pour le Taj Mahal que nous visiterons le lendemain. De retour à Agra dans la soirée, nous négocions fermement un rickshaw où nous montons... à huit ! Assya allongée dans le compartiment à bagages, Serge, Céline et Olivier derrière avec une touriste taïwanaise (qui, à ce jour, n'a sans doute pas encore compris ce qui lui était arrivé !) et Ben à l'avant avec le chauffeur et un Indien ! Une aventure mémorable, d'autant qu'elle n'était pas du goût d'un policier qui tenta de nous arrêter au premier carrefour pour surcharge. Aux dernières nouvelles, il court toujours derrière le rickshaw !

Visiter le Taj Mahal, symbole mondial de l'amour, le jour de la St Valentin, jolie coïncidence. Comme les plus motivés des touristes, nous nous sommes donc présentés aux portes à l'ouverture, dès six heures, pour voir le jour se lever sur le mausolée le plus célèbre au monde. On a beau s'y attendre, l'avoir vu et revu en photo, le Taj impressionne et émeut. De loin, nous n'osons l'approcher. Cérémonieusement, nous avançons dans les jardins qui y mènent, les yeux rivés sur ce palais doré par la lumière de l'aube. Immense. Délicat. Voir le dôme du Taj changer de couleur dans le soleil levant, un moment inoubliable. Muets, nous finissons par en faire le tour, sous un ciel d'un bleu intense. Les incrustations de pierre dans le marbre blanc sont incroyables. L'équilibre aérien de ce géant blanc ne l'est pas moins. La veille des retrouvailles, nous étions allés à deux découvrir le Taj Mahal depuis la rive opposée de la Yamuna. Un premier contact sur une berge presque desertée, une rencontre dans l'intimité, loin de la foule qui arpente chaque jour le parvis du mausolée. Ce jour, à cinq, nous n'avons pas assez de mots pour dire la merveille de l'endroit et notre joie d'y être ensemble. Quatre heures de visite plus tard, et nous voila partis pour le fort d'Agra après un déjeuner à l'indienne. Est-ce d'avoir vu le Taj Mahal le matin même, mais nous restons un peu plus hermétiques à la beauté de cette énorme forteresse transformée en palais. Shah Jahan - le commanditaire du Taj -  y fut enfermé par son fils durant huit ans. De cette prison dorée, il avait une vue sur son oeuvre la plus chère où résidait le corps de Mumtaz Mahal, sa troisième épouse morte en donnant la vie à leur quatorzième enfant. Le fort d'Agra nous réserve néanmoins de jolies rencontres, puisque plusieurs groupes d'Indiens et d'Indiennes nous demandent de prendre la pose avec eux. On se la joue donc vedettes hollywoodiennes. Et Serge, que l'on croyait émoustillé par cette séance photo en bonne comagnie, s'endort assis dans la cour du palais...

Le soir même, nous prenons un bus pour entrer au Rajasthan et atteindre notre première étape : Udaipur. C'est la découverte des bus couchettes indiens. Allongés au-dessus des passagers assis, nous voilà dans nos compartiments. Portes coulissantes, grilles de parloir pour respirer. Ambiance Prison Break !



Udaipur la blanche

Sous le charme d'Udaipur la blanche

Nous arrivons à Udaipur en fin de matinée après une longue nuit sur la route. Il a fallu lutter contre les conversations nocturnes à 300 décibels des voyageurs indiens, mais tout va bien. Dès les premiers instants, la ville nous séduit : ses rues sinueuses, calmes après l'agitation d'Agra. Ses belles demeures blanches et son immense palais surplombant la vieille ville. Son lac, que nous redoutions de découvrir asseché, et que nous trouvons bien en eaux, avec l'hôtel du Lake Palac posé dessus comme par magie. Et les femmes lavant leur linge sur les ghats tout proches... Sous un soleil de plomb, nous nous y promenons et visitons un superbe haveli. Ces demeures anciennes des riches marchands sont un peu les haciendas indiennes, les riyads du sous-continent. Articulés autour de cours carrées, ils distribuent de jolies pièces et des terrasses au charme fou.

Le soir même, nous nous retrouvons dans la chambre de Serge : nous y accueillons le médecin que notre ami à préféré solliciter pour mettre un terme à sa toux douloureuse. Hilares, nous assistons à l'examen réalisé par un docteur fort sympathique. Est-ce pour le consoler de nos moqueries, mais nous célébrons cette soirée en savourant le foie gras que nos mamans avaient remis aux copains ! 

Dans la foulée, nous décidons une petite folie pour le lendemain : aller prendre notre petit-déjeuner au Shiv Niwas Hotel, un palace de luxe aménagé dans les bâtiments du palais de la ville. Le maharadjah d'Udaipur possède encore un tiers du site. Un autre a été converti en musée. Le troisième accueille des pensionnaires fortunés autour de la piscine la plus célèbre d'Inde : celle qu'arpente Roger Moore dans Octopussy. C'est là que nous prenons un petit-déjeuner déraisonnable - tant en termes de prix que de qualité - avant de piquer une petite tête dans la piscine de James Bond, pour le clin d'oeil. Elle est gelée, mais on s'obstine pour le souvenir. Assya, pas folle, regarde Olivier, Céline et Ben jouer les agents secrets frigorifiés tandis que Serge, en bon Docteur No, roupille sur un transat... La visite du City Palace, de ses centaines de pièces enchevêtrées, ne manque pas d'interêt.

Dans l'après-midi, nous nous enfonçons dans le bazar pour une séance shopping. Là, peu de boutiques à touristes, mais les minuscules échoppes où s'approvisionnent les locaux. On essaye des chaussures en cuir de chameau, et Céline manque même de se laisser tenter par un sari pendant que le gentil gérant nous gave de chaï, le délicieux thé au lait sucré d'ici. En soirée, nous revivons le théâtre de nos exploits : réunis sur le toit-terrasse de l'hôtel, nous visionnons Octopussy, dont plusieurs scènes ont été tournées à Udaipur et autour de "notre" piscine !

Le lendemain matin, nous sommes à pied d'oeuvre de bonne heure : nous avons réservé une randonnée à cheval en dehors de la ville. Un chauffeur de rickshaw nous emmène à dix kilomètres d'Udaipur. En route, il persiste à vouloir nous fourguer du cannabis... "Bon pétard ! Bon pétard !" insiste-t-il, en français dans le texte. Descendus de sa pétardmobile, nous découvrons les écuries de l'ancien Maharaj local. Des photos de lui avec la reine Elisabeth, avec Jackie Kennedy, décorent les murs. Intimidés, nous saluons notre hôte qui semble donc se contenter à présent de faire monter par les touristes les superbes chevaux marwari de sa collection. Deux heures durant, nous parcourons les campagnes alentour. Des étendues désertiques, sèches et ocres. Par endroits, des champs irrigués forment un patchwork de vert vif, d'où jaillissent des saris flamboyants. Dans les villages traversés, les enfants courrent à notre rencontre. "What's your name ?" demandent-ils invariablement, à toute vitesse. Dizaines de sourires échangés à mesure que nous les croisons, montés sur nos chevaux. Celui d'Assya lui réserve une mauvaise surprise. Il s'emballe à la sortie d'un village, et Assya qui a perdu l'équilibre fait son possible pour s'accrocher. Avec beaucoup de sang froid, elle parvient à coulisser le long du cheval avant de se laisser tomber sur le bord du chemin. Bien éraflée, elle remonte aussitôt en selle, et avec le sourire ! Nous passons des paysages sublimes d'aridité, et quelques oasis dont la vue seule rafraîchit. Serge, que le casque de skate-board et les lunettes de soleil feraient passer pour un adolescent de quatorze ans, se livre même à un galop digne de Don Diego de la Vega, mettant à profit ses cours d'équitation passés.

Nouvel après-midi de promenade en ville. Nous passons une heure à négocier des statuettes près du lac. Un attroupement se forme autour de notre groupe. On fait baisser le prix de la première, avant d'en rajouter une, deux, trois... Ca marchande sec ! Le jeune vendeur fait mine de fondre en larme à chaque tarif que nous annonçons... On s'en tire à bon prix, mettant même une chanson dans la balance. Et nous voilà, le soir tombé sur les bords du lac Pichola, à chanter "Say Shava Shava !", accompagnés par une dizaine de jeunes Indiens en délire...



Vue sur la ville bleue

Jodhpur, la vie en bleu

Après un nouveau trajet de nuit et une arrivée à cinq heures du matin, nous voici à Jodhpur. Cette étape, nous l'attendions de longue date. Un peu moins depuis que nous savons que c'est ici que nous devrons nous dire au revoir. Assya volera en effet le lendemain pour Delhi avant de rejoindre la France. Pour l'heure, nous partons à la découverte de la ville.

De nombreux marchés s'étendent aux abords de la tour de l'horloge : nous nous y perdons avec plaisir. Là, on vend des fruits appétissants, un peu plus loin, ce sont l'encens et les épices, plus loin encore, les bracelets. Le tout dans un ennivrant mélange de parfums, de couleurs et de musiques. Comme toujours, le meilleur et le pire se confondent, mais l'ambiance qui domine est celle d'une foire délicieuse et diablement exotique. Nous nous faufilons dans les ruelles bleues de la vieille ville. Les habitants nous paraissent particulièrement accueillants. Nous échangeons facilement quelques mots cà et là ; les parents agitent les mains de leurs enfants pour nous faire signe ; le long d'allées calmes, entre des façades d'un bleu profond, on nous réclame des photos, mais pas de roupies...
Historiquement, on dit que ce sont les brahmanes, issus de la caste religieuse, qui peignaient leur maison ainsi pour se distinguer. Par la suite, il semble qu'on ait découvert que le bleu repoussait les insectes. Aujourd'hui, d'innombrables demeures étalent dans les rues un camaïeu de pigments du ciel au marine. Magique...

Nous quittons la sérénité des ruelles pour un déjeuner dans un restaurant, repéré aux portes de la ville nouvelle. Là, c'est l'Inde dans tout son vrombissement, ses gaz d'échappement, ses regards appuyés, ses sourires aussi... Nous aboutissons dans ce fast-food à l'indienne, où nous dévorons des beignets que les locaux s'arrachent. Nous n'en faisons qu'une bouchée, assis au milieu de la foule qui regarde amusée ces blancs becs se lécher les doigts et se désaltérer au jus de mangue. Escale un peu après dans une pâtisserie où nous faisons main basse sur un bel échantillon de douceurs locales pour le dessert de ce soir, à l'hôtel. Retour dans la vieille ville.

Au-dessus des maisons bleues se dresse Mehrangarh, le fort de la ville. Majestueux, immense, il semble tout droit sorti de terre pour surveiller la ville de haut. C'est là que nous passerons notre journée de demain. L'heure est à la déconvenue côté dessert : Serge, Céline et Olivier, enchaînent les moues déçues en goûtant les douceurs indiennes, dont le goût ne leur revient pas...

Le lendemain, très tôt, nous voilà à l'assaut de ce fort hors norme. Audioguide vissé sur les oreilles, nous découvrons de près la forteresse jamais vaincue. Tranche d'histoire, entre sa fondation au XVè siècle et nos jours. Un palais somptueux, doté d'une collection fabuleuse que nous découvrons pas à pas. L'architecture nous plonge au coeur d'un contre des mille et une nuits. Au fil des balcons, la vue sur la ville azur nous capture à chaque fois. Irréel. Nous passons une longue et merveilleuse matinée à Mehrangarh, avant de regagner l'hôtel pour préparer le départ d'Assya. Serge s'endort, par terre, devant la chambre, rien d'anormal. Dernier rickshaw à cinq vers l'aéroport, et c'est la séparation. Après une semaine pour nos trois loulous rajasthanais. Après six mois de voyage pour Ben. Difficile de mettre un terme à cette merveilleuse aventure à deux. On se console en pensant à cette petite semaine de séparation avant nos retrouvailles françaises. Et voilà Assya partie pour Delhi puis, dans la nuit, pour la France. C'est donc un quatuor tout triste qui passe une dernière soirée à Jodhpur. Les beignets pimentés du fast food aideront à regagner le moral. 48 heures après notre arrivée nocturne à Jodhpur, nous prenons la route dans la nuit suivante pour l'ouest et Jaisalmer, aux portes du désert du Thar.



Les dunes du Thar

La ville en châteaux de sable

Changement d'ambiance. Lorsque nous apercevons Jaisalmer, c'est avec l'impression de poser les yeux sur une immense oasis de pierre au milieu de nulle part. Comme Jodhpur, la ville possède sa forteresse, véritable décor de film historique. Toute la ville ressemble à une construction de sable. Les pierres beige sont tantôt d'immenses blocs immuables, tantôt assemblées et travaillées aussi finement que du bois. A tout moment, on s'attend à voir Lawrence d'Arabie débouler d'une des ruelles de la ville fortifiée. D'emblée, nous concrétisons l'un de nos projets en réservant pour les deux jours à venir un safari dans le désert. Avec plus de temps, nous aurions sans doute été le chercher plus loin des nombreux touristes de cette étape courrue. Mais les jours défilent et il faut faire vite. Nous passons un après-midi dans le bazar de la ville. Les visages ici sont encore un peu plus différents. Quelques yeux clairs rappellent que le Pakistan n'est qu'à cent kilomètres...

Nous arrivons en plein "festival du désert", qu'on identifie un peu comme un attrape-touristes. Nous décidons quand même de nous rendre à une soirée de danses folkloriques quand, en chemin, nous croisons d'autres danseurs : ceux d'un mariage en pleine procession. La famille se déhanche au son des musiciens traditionnels. Comme à chaque fois, des jeunes sont payés pour porter des néons alimentés par un générateur. Ambiance discothèque mobile. Le marié domine la mêlée, assis sur son cheval, le turban vissé sur la tête. On observe amusés cette débauche d'énergie et de moyens - certains jettent en l'air des billets que des enfants démunis s'empressent de ramasser - jusqu'à ce qu'on nous tende la main... Un membre de la famille nous invite à nous joindre à la fête, et nous voilà dansant au milieu de tous, remuant avec les hommes et les enfants pendant que les femmes, superbement parées, multiplient les chorégraphies discrètes. Céline est manifestement la vedette : tous se battent pour la faire danser, du pré-ado surexcité au doyen nonchalant à l'oeil coquin... Difficile de savoir quelle est la limite, dans ce choc des cultures. Accepter les invitations ? Refuser poliment ? Danser avec le sexe opposé ? Nous nous sentons un peu les pieds dans le plat de traditions en pleine mutation. Les aînés redoublent de mesure, les jeunes de démesure. Le cortège musical suit son chemin jusqu'aux tentes de la soirée, où on nous introduit gentiment. Certains nous saluent poliment, d'autres gardent leurs distances... Pourtant, on nous invite à dîner là et nos interlocuteurs ont tôt fait de nous alimenter de délicieuses pâtisseries - celles-ci font l'unanimité. Nous discutons de tout et de rien avec certains de nos hôtes. Quand nous partageons avec les plus jeunes quelques chansons de Bollywood, leurs cris enthousiastes semblent définitivement déranger le cours de la soirée. Poliement, on nous conduit dehors en nous souhaitant une bonne fin de soirée. Nous n'aurons pas assisté à l'entrée de la mariée, mais savourons cet instant et notre chance. Le marié et son épouse allaient se rencontrer pour la première fois...

Lendemain matin, nous prenons une jeep pour le désert. Après quelques minutes hors de la ville, nous roulons entre deux immensités de pierres dorées, de poussière, de buissons éparses. Tous les quatre, nous attendions d'être déposés dans une ferme à chameaux, comme convenu. Pourquoi donc notre chauffeur nous arrête-t-il sur le bas côté de cette route déserte ? De fait, un veil homme enturbané arrive avec trois dromadaires, mais bon... Peu après, deux jeunes nous rejoignent, déboulant au trot sur deux autres camélidés. Personne ne nous dit rien, et c'est un peu estomaqués que nous voyons la jeep s'éloigner, nous laissant seuls avec ces deux jeunes et cinq dromadaires... Il s'avère que ces deux-là sont nos guides, et installent rapidement nos affaires sur les animaux assis. Début de l'aventure... Serge, qui s'est acheté une tenue pour l'occasion - chemise mao et fez immaculés - décroche dès les premières minutes son surnom auprès des guides : pendant 48h, il sera "Ali Baba" ! Céline hurle lorsque son dromadaire se "déplie" et que ses jambes valsent dans un mouvement de rodéo. Olivier, chèche de touareg sur la tête, découvre rapidement le caractère facétieux de Mister India, son destrier au borborygme facile. A la queue-leu-leu, nos dromadaires nous emmènent sur des chemins assechés, à travers quelques villages, puis jusqu'au bord des dunes. C'est là que nos jeunes guides nous préparent un délicieux repas, et que nous faisons une sieste à l'ombre du soleil brûlant. La soirée approche et nous atteignons les dunes où nous passerons la nuit. Inoubliable coucher de soleil sur cette mer de sable. La lumière rose n'est que pour nous ; personne à l'horizon. Comme des enfants, nous nous jetons dans le sable, marchons sur ces dunes que le vent façonne, et où nulle autre trace que les nôtres n'est visible. Un moment pour réflechir, face à une nature exceptionnelle. A la belle étoile, nous dégustons un nouveau repas succulent, avant d'échanger quelques chansons avec nos guides - "le lundi au soleil", dans le désert du Thar, trop fort !
Seulement, la nuit dans le désert, c'est l'heure de sortie de nombreuses bébêtes : souris du désert, et surtout scarabées bousiers qui circulent gaiement autour du bivouac. Plus un scorpion de taille respectable qui rôde près de nos orteils à notre insu, jusqu'à ce que nos guides sautent dessus, chaussure à la main ! On imagine les réjouissances nocturnes, à tenter d'esquiver les dizaines de scarabées attirés par nos sacs de couchage. Un cri dans la nuit, quand Céline se réveille avec un scarabée posé sur l'oeil !
Au petit matin, le lever de soleil est aussi merveilleux que le coucher de la veille, et nous découvrons à la lumière du jour les autoroutes laissées par les petites pattes des centaines de scarabées autour de nous. Nouvelle matinée à dos de dromadaire, dans des paysages sublimes de sable doré, de buissons vert vif, sous un ciel intense. On s'essaye au trot, pour la joie de certains, la douleur d'autres qui rebondissent sur la selle... Dans l'après-midi, nous retrouvons la route et Jaisalmer où nous restons une journée de plus. Promenades dans la ville dorée, temples jaïns, shopping, nous profitons de ce décor qui semble en carton pâte avant de retrouver la joie des bus couchettes...



Le palais des vents, à Jaipur

Jaipur, ambiance (mo)rose ?!

Nouvelle arrivée nocturne, à Jaipur cette fois. La capitale du Rajasthan est une ville de plus d'un million d'habitants. Nous la parcourons dès le petit matin : nous n'y passerons qu'une journée. Et rapidement, nous nous satisfaisons de cette idée. En effet, la ville rose ne nous fait pas la meilleure impression : grandes artères, circulation intense, scènes dures dans la rue... Retour brutal de l'autre Inde après les ruelles colorées et intimes de ces derniers jours et le silence sauvage du désert. Les murs roses de la ville pourraient séduire, mais ce quadrillage de grandes rues, où se succèdent les boutiques pour touristes, ne nous touche pas...

Nous faisons étape devant la jolie façade du Palais des Vents - qui elle-même nous déçoit un peu... Une matinée de déambulation, un arrêt chez le barbier pour qu'Olivier expérimente le "face massage" à l'indienne, et nous voilà au restaurant, un peu à l'écart du tumulte. Nous nous y régalons, sur le toit-terrasse, au point que nous nous y éternisons, tapant même le carton. Serions-nous passés à côté de Jaipur ? Peut-être... Cette étape a peut-être fait les frais des précédentes : le palais d'Udaipur, le fort de Jodhpur, les ruelles de Jaisalmer nous ont fait telle impression que nous anticipons la déception des visites à faire ici. A tort, sans doute. Nous passons une soirée tranquille, sans avoir vu grand chose de la ville. Le départ qui approche y est peut-être aussi pour quelque chose.

Une matinée de bus plus tard, nous sommes à Delhi, où nous avions pris soin de réserver une chambre. C'est la dernière demi-journée d'Olivier et Céline, et nous la passons au pas de charge, histoire d'avoir un aperçu de la ville avant leur départ. Le centre de New Delhi, Connaught Place, nous met en face du paradoxe indien : les portiers des boutiques chic accueillent la nouvelle classe moyenne, jeans et portables, pendant qu'à trois rues de là, des saris crottés mendient sur le trottoir, sans savoir lire ou écrire. Grand écart. Nous laissons dernière nous l'Inde moderne pour nous enfoncer dans le passé, à travers le labyrinthe du quartier musulman, d'où nous débouchons sur la Jama Masjid, la plus grande mosquée du pays. Nous arpentons sa cour immense dans le jour qui baisse. Au moment de monter dans l'un des minarets, c'est le racket habituel des chaussures : on les laisse en bas, pour découvrir le sommet du minaret où une vingtaine de curieux se presse dans six mètres carrés ! Redescendus, on nous réclame dix roupies chacun pour avoir "surveillé" nos chaussures... Et c'est pareil partout ! Fin d'après-midi, nous nous perdons dans Chandni Chowk, le marché principal de Delhi : un enchevêtrement de stands de tissu, où à peu près tous les types d'étoffes de la planète doivent être rassemblés. Un labyrinthe de couleurs où les familles viennent acheter le sari de leur fille avant son mariage, où les marchands regardent amusés nos yeux interloqués par autant de couleurs. Retour à l'hôtel, on fait le bilan du séjour à quatre autour d'un verre, et Céline et Olivier prennent un taxi pour l'aéroport. Ces deux semaines de péripéties, de découvertes et de contrastes semblent les avoir enchantés... Serge, pour sa part, avait choisi de profiter de Delhi une journée de plus... Nous voilà à deux pour ce dernier jour de voyage. L'occasion de rendre hommage à Gandhi, mais surtout de profiter pleinement de la cuisine locale, en bons gourmands. Chaï, poulet tandoori, biryani, glaces, tikka masala... Nous voilà prêts à dire au revoir à l'Inde après en avoir une dernière fois pris la température, au fil de ses rues toujours encombrées, bruyantes, odorantes, à la fois infernales et idéales...

Après avoir partagé les contrastes de l'Inde à deux puis à cinq, il est l'heure de tourner la page. Dernier rickshaw, dernier bus déglingué, dernier hochement de tête... Retour pour de nouvelles aventures...



Le jour de notre retour...

Notre petit monde en France !

Nous sommes bien rentrés dans notre Nord natal. La vie reprend son cours, à un autre rythme. Il y a évidemment beaucoup à faire, mais les souvenirs de voyage affluent déjà. Nous continuerons d'alimenter le site dans les semaines à venir : avec des images du retour, avec de nouveaux récits, avec les suites que nous allons essayer de donner à cette aventure. Restez branchés !

Merci pour vos témoignages d'amitié, de sympathie, pour vos encouragements durant ces six mois. Votre attention nous a poussés à vouloir alimenter ce site au mieux, à tenter de vous faire vivre au plus près ce voyage. Si nous y sommes parvenus, par moments, nous nous en réjouissons. Merci de nous avoir fait voyager, vers vous, à travers vos messages, qui nous ont été précieux dans cette aventure... A très bientôt dans notre petit monde !

Assya et Benjamin