Boucle magique au Sud de Salta - 01/09/2007

Il fait bon vivre a Salta...
Arrivee a Salta sous un grand soleil accueillant qui nous permet d'oublier un peu le froid d'Iguazu... Les appareils photo encore humides, nous decouvrons un centre ville charmant, anime, mais pas sature, colore et traverse par des familles et de nombreux jeunes et ecoliers en uniforme, jupes a carreaux plissees ou veste ciglee aux couleurs des ecoles et colleges. L'atmosphere est sereine et les batiments sublimes : au premier rang, l'Eglise et la Cathedrale, mais aussi la "Maison des Deputes". La population est beaucoup plus typee que dans la cosmopolite Buenos Aires.
Dans un parc, un vieux monsieur engage la conversation et nous demande de lui mettre du collyre ! Il vient d'etre opere de la cataracte. Suite a mes operations, nous sommes des pro de la goutte dans l'oeil... et apres ce petit service rendu, Damian Mendoza partage avec nous un peu de sa culture ... A 77 ans, ce vieux monsieur en connait un bout sur la politique dont il est passionne. Il nous explique les liens entre les trafics de cocaine, l'argent blanchi, les politiciens, la gouvernement americain... Bref, parfois dur a suivre, mais passionnant ! Echange d'adresses.
On trouve ensuite le restaurant le moins cher de la ville... ahh ! Que des locaux et meme les gens qui vendent des pulls dans la rue viennent ici, c'est dire si nous avons trouve l'adresse economique du coin !
Traversee du charmant et anime parc San Martin et arrivee au pied du telepherique qui mene en haut d'une haute colline qui offre un point de vue de choix sur la ville. On decide d'entamer la montee a pied. 1 070 marches depareillees et irregulieres plus loin et quelques gouttes de sueur sous un soleil de plomb, nous voila au dessus de Salta. L'endroit est ravissant et nous nous y attardons jusqu'au coucher du soleil.
Ballades dans les rues... et retour a l'hotel pour faire nos sacs. Decision prise, nous quittons la ville pour Cachi des le lendemain a 7h via un bus local.

Epoustouflant trajet vers Cachi
Mercredi, 6h30, gros sacs sur le dos, nous nous rendons au Terminal de bus pour emprunter un trajet de 4h30 vers le village de Cachi. 1 900 ames a 2 200 metres d'altitude.
Avec le lever du soleil, apparaissent les premieres montagnes... Difficile de decrire ce que nous avons vu alors... Encerclee par les hautes montagnes, la route sinueuse et vallonnee nous donne a voir des paysages d'une beaute a couper le souffle. A chaque virage, une nouvelle surprise et un nouvel emerveillement. On dit ici que les locaux mettent les enfants aux fenetres des bus pour les calmer, tant le spectacle est saisissant... Les couleurs sont fabuleuses. Des champs de cactus s'etendent a flanc de montagne. Le rouge, vert, rose et ocre se succedent grace a une stupefiante alchimie. Le vieux bus grimpe difficilement jusqu'a 3 600 metres d'altitude. Au milieu des hauts plateaux rocailleux, quelques ouvriers travaillent a ameliorer la route. Ils achetent le journal au chauffeur de notre bus... sans doute le seul lien vers le monde exterieur. Si Cachi nous deplait, on se dit que le voyage en valait largement la peine. Irreel.

Emotions pures a Cachi
Les ruelles de ce petit village sont adorables tout comme l'auberge de jeunesse que l'on trouve facilement. Il y a pas mal de touristes, mais nous comprenons vite qu'ils sont venus avec des bus prives et des guides et ne seront la que pour 1 ou 2 heures, le temps d'une escale express dans leur excursion du jour. Nous goutons a nos premieres parillas ( les fameuses grillades d'Argentine ) en compagnie d'un couple de seniors de Buenos Aires qui nous font gouter leur plat ! De la France, ils connaissent Delon et le coup de tete de Zidane. On s'amuse beaucoup quand ils nous expliquent les superstitions argentines sur le sel, les cadeaux a offrir ou non pour porter bonheur ou malheur. 14h, les rues se vident et nous apprecions alors pleinement les alentours. Les neiges eternelles des montagnes dominent les maisons de pise. La ville semble nous appartenir. On fait rapidement le tour du centre et de ses facades endormies. On reprend alors l'unique route qui entre dans le village pour explorer un autre bourg qu'on a apercu en venant, un peu plus haut.
De l'autre cote de la riviere, cet autre village est compose de deux rangees de maisons sur la colline. Les habitants nous regrdent du coin de l'oeil depuis leur porte ouverte ou entre les rideaux. Trois chicos jouent au football. Nous leur demandons si l'on peut se joindre a eux. S'ensuivent des echanges de balle amuses ... La premiere fois qu'Assya touche le ballon, les enfants sont morts de rire : il semble que les filles ne jouent pas souvent ici. Au premier toucher de ballon de Ben, les garcons se concentrent un peu plus... Sur ce terrain de poussiere, Alberto 11 ans, Maoro 11 ans et le petit Fransisco 7 ans, devoilent leur meilleur jeu ! Zidane, eux, ils ne connaissent pas !
Retour a Cachi. Rues desertes. Chiens allonges au soleil. On aborde les quelques personnes que l'on croise : un gardien de chevres et de lamas pour l'elevage prive d'un grand hotel, le jardinier du maire, un menuisier. On penetre dans un hangar dont des cris s'echappent et qui s'avere etre une salle de sport. Assya partage quelques balles de volley ball avec des ados...
On tombe par hasard sur l'ecole de Cachi. Dans la cour grillagee, les enfants jouent a la balle aux prisonniers. Le professeur accepte bien volontiers que nous prenions des photos. Un peu plus loin, des filles dessinent. D'abord intimidees, elles se pretent bientot a une seance photo et courrent meme nous ouvrir les grilles de l'ecole... Nous penetrons dans l'enceinte au milieu de leurs cris et sourires, au moment de la sonnerie de fin de journee. 18h, l'ecole finit tard ici. On decouvre alors les classes et la cour centrale du batiment. Nous allions sortir sous les regards intrigues et amuses des enfants quand nous pressentons que quelque chose se prepare. Le prof de sport sort un poste CD et le met dans la cour. Les enfants se rangent par classe et par sexe a cote de leur maitresse, sous les preaux. 4 enfants se dirigent vers le centre de la cour ou trone le drapeau argentin. Silence absolu. La musique est lancee. Les 200 enfants reunis entament l'hymne national de l'Argentine avec une fierte et un enthousiasme qui nous laissent bouche bee. Beaucoup nous regardent et chantent presque pour nous. Ce moment est magique et nous arrachent quelques larmes d'emotions. Pendant le chant, les 4 enfants descendent le drapeau. Ces instants sont d'une telle solennite et d'une telle beaute. Les enfants se montrent si appliques et attentifs, si heureux de partager ce moment avec nous, le sourire tendu vers nos mines ebahies."Libertad ! Libertad ! Libertad ! ". La fin du chant, le drapeau est baisse. La cour se vide. On echange des signes de la main avec ces adorables petites frimousses... On a l'impression d'avoir vecu un moment rare et precieux.
On finit la journee par des courses au mini supermarche en haut du village et par un repas improvise dans le patio de notre auberge (merci pour les couteaux suisses les amis...)

Luis et Yvonne, anges gardiens d'un jour
Jeudi 30 août. Il nous faut quitter Cachi : nous souhaitons avancer vers Molinos ou Angastaco plus au Sud. Notre but : Cafayate et ses canyons.
On arpente la ville en demandant aux commercants et passants si qqn prend la route vers le Sud. En effet, pas de bus public aujourd'hui. On cherche donc a partir avec des habitants. Au bout d'une heure, nos recherches demeurent infructueuses. Deux personnes nous ont propose de nous emmener pour une somme equivalente a 2 jours de budget pour nous. On decide alors de se poster sur la seule route qui sort de Cachi vers le Sud et d'attendre... Un velo... une moto... une voiture qui fait demi tour... un autre velo... Une heure s'est ecoulee... Nous commencons a penser que nous ne pourrons quitter la ville aujourd'hui... au moment ou Soledad arrive avec son pick up bleu ford d'une annee sans doute tres lointaine. Elle ne va pas jusqu'a Molinos mais veut bien nous avancer de 10 km. On grimpe ! (Oui, les mamans, desoles on a fait du stop mais on a ete tres prudents)
Elle nous depose dans un trou paume au milieu des montagnes. Puerta de la Paya : une eglise, deux maisons et des cactus. Les habitants nous expliquent qu'un bus passe ici a 12h et nous emmenera a Molinos. Ouf ! Le temps passe, sans aucune voiture, ni aucun bus... 12h10... Notre attente a ete comblee par Santiago, un vieux Monsieur qui s'est improvise guide de l'Eglise et de sa maison. Quand il y a des fruits, il produit des sucreries avec son frere Benjamin. Mais le manque d'eau a pour consequence qu'il n'y a pas de fruits... Il lui faut attendre la pluie. 12h15, une voiture s'arrete pour faire des photos. A son bord, un couple. Nous allons les voir . Allez vous vers Molinos ? Oui. Peut-on venir avec vous ? Oui. Nous sommes sauves...
Debut d'un periple de 6h30 en voiture avec Luis et Yvonne... un couple adorable de Cordoba dont la gentillesse nous a profondement emue ! Un voyage merveilleux tant par les paysages que par la bonte de nos hotes de la route ! Ils nous ont explique plein de choses sur l'Argentine et se sont particulierement interesses a nos vies et a la France... Amoureux de Charles Aznavour, ils nous citent egalement Deneuve et Becaud. Ils ont trois fils, dont un fait de la musique. Fierement, ils nous font ecouter son CD... "Pulso, el mejor grupo de Argentina"... Elle est pharmacienne et lui possede des terres et un elevage de 2000 vaches dont la viande et le lait sont meme exportes en France ! Ben impressionne Luis par sa connaissance des noms de vaches ( Dedicace a Julzou et Dominique). Avec eux, nous nous arretons dans des maisons qui sont en fait de veritables fabriques a tissus... On decouvre les metiers a tisser et le savoir faire traditionnel des habiants des vallees calchaquies. On s'arrete egalement dans un elevage de vigognes, extremement rare. Des animaux dont la fourrure est un luxe ! Elles sont tondues tous les 2 ans seulement et chaque animal ne produit que 250 grammes ! Nos parents adoptifs d'un jour nous bichonnent et vont meme jusqu'a nous offrir notre dejeuner ! Hallucinant ! Nous voguons en plein reve... Inesperes, ils nous conduisent jusque Cafayate. Pres de 160 kms, sur une route qu'aucun bus ne peut emprunter, tant la route est etroite et sinueuse. Au bord de precipices, Luis doit claxonner avant d'entamer chaque epingle a cheveux avec la plus grande precaution. Nous traversons, a quatre, des montagnes dechiquetees sur fond de ciel bleu, des gorges et canyons epoustouflants, un mini colorado... Et grace a eux, un peu d'Eldorado aussi. Les aurevoirs sont emus. On se promet de s'ecrire. Merci mille fois...

Canyon de Cafayate : seuls dans l'mmensite
Arrivee au soir a Cafayate. Le lendemain, vendredi 31 aout, nous prenons le bus public qui passe au pied de la "Quebrada de Cafayate". Nous demandons au chauffeur de nous arreter a la plus grande gorge, a 47 kms de la ville : "La Garganta del Diablo"... la Gorge du Diable, tout un programme ! Et en effet, cet endroit nous reserve un beau moment. Nous avons la chance d'y arriver relativement tot, au moment ou les bus de touristes sont encore loin. Les marchands locaux de poteries et de bijoux arrivent par le meme bus que nous et commencent a etendre leur marchandise a l'entree, alors que nous nous enfoncons dans cette merveille de la nature...
Le site est grandiose... une immense alcove de pierre rouge formee par l'erosion. Il faut un peu escalader les pierres pour pouvoir s'approcher du coeur de la gorge. Nous sommes seuls dans cette micro ascencion. Seuls au milieu de cette gandeur de la nature. Le silence est absolu. Nos chuchotements resonnent. On a du mal a quitter l'endroit tant il inspire de saines emotions. Un tresor a decouvrir en amoureux.
Quelques metres plus loin, le long de la route, une autre gorge baptisee "L'Amphitheatre"... Autre mur de pierre rouge stratifiee d'une hauteur epoustouflante. Pour cette gorge, facile d'acces, et en ce milieu de matinee, d'autres sont presents. Pour 10 mn seulement et ils reprennent leur bus. Nouvelle solitude nichee dans les grands espaces. Nouveau bonheur.
Nous avons decide de faire une randonnee aujourd'hui, le long de cette route interminable et de ces gorges, au milieu des montagnes et au dessus du fleuve Calchaqui. On avance vers Cafayate, notre point de depart du matin en sachant que le bus public repasse dans l'apres-midi par cette route et pourra nous reprendre au passage. On a dans l'idee de quitter la route et de descendre pres de la riviere ou quelques maisons isolees sont visibles entre les arbres.
Cette randonnee est sublime. Nous pique-niquons au creux d'une gorge, dans le silence absolu... pas un bruit, c'est difficilement imaginable... c'est completement deroutant. Nous avalons les kms sur la route deserte ou plus un car ne passe. La chaleur est accablante. On devale parfois les collines pour decouvrir des troupeaux de betes ou des maisons abandonnees... On se sent seuls au monde, minuscules face a l'immensite du paysage grandiose...
Le soir, retour a Cafayate et depart 2h plus tard pour Salta, d'ou nous vous ecrivons ce samedi matin. On prevoit de passer un nouvel apres midi en ville avant de prendre la route pour la Bolivie.
Merci pour vos mails !
On pense fort a vous et on essaiera d'etre plus synthetiques la prochaine fois ! Rires...
