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Chronique d'un retour en terrain connu - 21/04/2008

Retour à la réalité...
Bientôt un mois et demi que nous sommes rentrés. Assis derrière l'ordinateur, installés dans le quotidien, cette aventure a les allures d'un rêve merveilleux dont nous nous serions réveillés trop vite. Tout a été très vite dès notre retour en France. Petit retour en arrière : Assya, qui avait quitté l'Inde prématurément pour cause de campagne éléctorale. Dans l'avion qui la ramenait à Delhi, elle a sympathisé avec une New Yorkaise en goguette, avant de trouver sa route dans Delhi et les méandres incroyablement désorganisés de son aéroport. Un vol plus loin, dès la sortie de l'aéroport, pas eu une minute de répis. Les chaussures de randonnée à peine posées, elle enfilait ses talons. Le sac à dos tout juste remisé, elle sortait les tracts. Un mois de manifestations publiques, de rencontres avec les habitants, de réunions... Autant dire qu'il n'y avait que très peu de place pour la nostalgie du retour, les longues heures imaginées devant les photos de notre périple. C'est un quotidien à cent à l'heure qui l'attendait. Est-ce un mal ? Pas vraiment : pour le coup, cette dynamique a permis de se remettre le pied à l'étrier dès la descente de l'avion, sans atermoiments, sans coup de blues...

... en plusieurs étapes
Pour Ben, c'est un peu la même chose, avec une semaine de décalage. Il avait quitté Delhi et Serge au même moment, à l'aéroport. A Roissy retrouvailles avec la France. Après le chaos de l'Inde quelques heures auparavant, le sentiment que chez nous tout est propre (asceptisé ?), organisé (dirigé ?), calme (triste ?). Bref, dès l'arrivée, c'est un choc profond. Pour l'anecdote, Ben, qui attendait son sac près du tapis roulant des bagages, ramasse une dernière fois son paquetage, ému, et s'éloigne avec son chariot... Avant de s'interroger sur la taille du sac en question : c'est bien le même modèle, la même housse salie qui le recouvre, mais il semble bien plus plat qu'en Inde... Un gang de bagagistes aurait-il fait main basse sur les souvenirs ramenés du voyage ? Le traitement en soute aurait-il fait du bagage une compression façon César ? Vérification. Ben cherche frénétiquement un signe, et tombe sur une étiquette indiquant les coordonnées du propriétaire du sac... qui vit à Besançon. Waoh, tout juste ! Marche arrière expresse, Ben repose le sac sur le tapis roulant en priant pour que le Bisontin sur ce vol ne soit pas parti avec son propre sac !!! Après six mois de voyage, neuf pays traversés, des dizaines de bus, de trains, des soutes d'avions et des cales de bateaux, tout cela sans avoir ni perdu, ni subi le moindre vol de bagages, ce serait un comble que de perdre ce sac à Roissy, au terminus de l'aventure... Heureusement, sur le tapis se présente enfin le bon sac, tout dodu de ses 18 kilos de fringues usées et de souvenirs entassés. Cette fois c'est la bonne ! Retour à la maison...
Retrouvailles avec le quotidien
"Alors, pas trop dur ce retour ?" Cette question, on nous la pose beaucoup, à chaque fois que nous croisons une tête connue. La réponse est : pas de réponse. Oui, c'est très dur de rentrer, et non, rentrer, c'est assez facile. Un cocktail d'émotions nous assaille dès les premiers jours. Un peu de tout. La joie indescriptible de serrer nos mamans dans nos bras. Le chagrin profond en pensant à ce rêve achevé. Le plaisir pétillant de retrouver la complicité avec Clément. La peine de repenser aux rencontres de la route, laissées derrière nous. La joie toujours renouvelée de retouver nos amis chers, ces êtres exceptionnels qui nous ont tant manqué. La nostalgie fugace en revoyant tous les sourires croisés en chemin, autant d'amitiés d'un instant. Le confort de regoûter à un quotidien stable, douillet, rassurant. Le manque de ces jours guidés par nos envies seulement, incertains mais tellement stimulants. Le délice de retrouver nos plats préférés ici. Le souvenir délicieux de nos plats préférés, là-bas. C'est facile de rentrer. Mais tellement difficile, aussi. Cette parenthèse de six mois fut tellement riche, tellement complexe. On aimerait résumer ce voyage à un sentiment, et le retour à un autre, mais on ne le peut pas. Les parfums, les couleurs, les visages de ce voyage s'invitent chaque jour dans notre vie de France. Heureusement. Le soleil de Luang Prabang nous réchauffe quand il pleut à Roubaix. Les sourires des enfants de Calcutta nous aident quand tout paraît compliqué. Les paysages du Sud Bolivien nous inspirent quand la grisaille s'installe. C'était un rêve, que nous essayons de faire vivre, éveillés, depuis notre retour.
Bien sûr, le quotidien s'invite aussi, très vite. Revenir, c'est accepter de reprendre en marche le train de la vie qui ne s'est pas arrêtée. Penser au concret. Le formidable accueil de nos mamans est tellement confortant, on pourrait s'y attarder. Mais nous ne pouvons nous éterniser en passagers clandestins. Très vite, il faut retrouver un toit, un véhicule, un réfrigérateur. Il faut déménager, se rééquiper, s'installer. Avoir les pieds bien sur terre quand on a encore la tête en l'air. Ailleurs. Faire des choix, vite, et sans se tromper. La moindre décision devient tout à coup une source de stress, auquel nous n'étions plus habitués. Mais les choses se sont vite mises en place. Rien n'a vraiment changé. Bien sûr, il y a le visible : la ville qui a poussé, les bâtiments sortis de terre ou démolis. Un nouveau magasin là, un autre fermé ici. Il y a les actualités de cette France que nous avons tenté de suivre au fil de nos étapes. La première dame. Les derniers drames. On voit un peu double, c'est étrange. Toute chose semble avoir deux proportions. Ce qui est important ou grave ici, l'est-ce autant quand on repense à l'important ou au grave au Népal ? On relativise. Et pour autant, la misère vue en route ne doit pas minimiser la gravité de certaines situations ici. Deux points de vue. Deux échelles entre lesquelles on se retrouve équilibristes. On se perd un peu tandis qu'on se retrouve...
16 mars 2008. Après une campagne intense, c'est l'explosion de joie dans le hall de la mairie de Roubaix. Assya est élue. Une semaine plus tard, elle prend officiellement ses fonctions de "maire adjointe des quartiers Ouest". Sur son épaule, l'écharpe tricolore pèse le poids des responsabilités à venir, des engagements à tenir. L'aboutissement d'une implication de six ans, et la volonté d'être utile au quotidien, comme nous l'avons parfois été en cours de route, ici ou là. Encore confrontés aux problèmes du monde il y a peu, nous voilà plongés - car Ben tente de suivre ! - dans les problématiques de l'Epeule et du Fresnoy-Mackellerie (pour ceux qui connaissent !). En disponibilité professionnelle jusqu'au mois de Mai, Assya consacre donc la majeure partie de son temps à ses nouvelles missions en mairie. De son côté, Ben a très vite repris les manettes de son activité, entre rédaction et graphisme. Retour à la liberté de création devant l'ordinateur, et aux petits tracas techniques et administratifs qui vont avec... C'est donc les pieds bien installés à Roubaix que nous cherchons un nid douillet où poser nos sacs à dos, pour un moment au moins...

Des souvenirs pleins les bagages
Pas facile, non plus, de raconter cette aventure. On nous demande comment ça c'est passé, quel pays nous avons préféré... Une fois de plus, nous sombrons le plus souvent dans des réponses approximatives, satisfaisantes pour personne. Comment résumer ? Par quel bout prendre ces six mois de voyage ? A force de formuler des réponses improvisées, de tirer ce bilan que nous n'avions pas préparé, nous sommes souvent revenus sur les mêmes conclusions. Ce voyage nous a apporté bien plus que ce que nous attendions. Nous rêvions cette aventure, cette aventure a été bien plus qu'un rêve. Parfaite. Plus que parfaite. Les mille galères que nous avions imaginées, lues, anticipées, nous les avons presque toutes évitées. Par prudence parfois. Par chance souvent. En la provoquant ? Peut-être. Loin d'avoir été dépouillés en route, nous rentrons considérablement enrichis. De rencontres avant tout. Que de visages croisés, d'instants partagés, avec ou sans mots. Quel bonheur de penser à tous ces gens qui nous ont souri, qui nous ont aidés en route. Quelle confiance trouvée ou retrouvée en l'homme ! Nous rentrons enrichis d'images, évidemment. Des paysages si beaux que nous ne les pensions pas réels. Les canyons sud-américains, la nature néo-zélandaise, la jungle amazonienne, le désert du Thar... Magie des lieux. Et crainte aussi, de voir la pollution les dégrader le plus souvent, ou l'homme leur nuire, consciemment ou non.
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On nous demande souvent quels sont les pays que nous avons préférés. A force de réponses de Normands, nous nous sommes résolus à trancher. Certes, tous les pays que nous avons traversés nous ont fascinés. Nous les avons tous aimés, adorés même. Si certains sortent encore davantage du lot, c'est que nous nous y sommes sentis encore mieux qu'ailleurs. Ce n'est donc qu'un avis très personnel... En Amérique du Sud, nous garderons à jamais un souvenir fabuleux de la Bolivie. Le contraste de ses paysages - tous d'une beauté à couper le souffle - et la gentillesse de sa population nous ont bouleversés. Un peu plus loin, c'est pour les mêmes raisons que nous avons chéri la Nouvelle-Zélande. Un pays où le mode de vie est évidemment beaucoup plus proche du nôtre, et qui devrait inspirer davantage la façon dont nous vivons ici... En Asie, la Thaïlande reste un cadre de vacances idéal, mariant une nature et une culture fascinantes, un tourisme développé mais pas oppressant, une population exceptionnelle. Le Népal demeure une destination à part. L'une des plus émouvante, dans la misère quotidienne qui touche le plus grand nombre. Et, pour autant, les rencontres que nous y avons faites ont peut-être été les plus enrichissantes. Une fois encore, paysages et cultures se confondent dans un quotidien incroyable. Et puis il y a l'Inde... Un cadre sans pareil, au mode de fonctionnement unique. Le cliché veut qu'on l'adore ou qu'on la déteste. Il y a de quoi. Pour notre part, nous sommes tombés sous le charme de "Mother India", dans sa folie, sa démesure, ses contrastes.
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Sur le plan personnel, nous avons évidemment changé. Assya a sans doute beaucoup gagné en confiance : même pas peur devant les mygales (quand Ben ne la ramenait pas !), à l'aise sur son parapente au dessus de l'Himalaya, s'exprimant avec aisance en Anglais... Une somme de petit défis relevés contre toute attente. Pour sa part, Ben s'est aussi affirmé, au cours du périple, pour devenir en Inde, un négociateur acharné, troquant sa timidité des premiers jours contre une gouaille chargée d'humour. Nous avons appris beaucoup. Et si peu à la fois... Mais ces enseignements - la patience, la simplicité... - nous espérons les conserver précieusement, comme un trésor, le plus longtemps possible. Comme ces milliers d'images que nous prendrons plaisir à revisiter à l'avenir. Pourvu que la mémoire persiste...
Faire revivre les images ?
Des souvenirs, nous en avons ramené beaucoup sous forme d'images. Au total, plus de 8 000 photographies en six mois. De quoi se remémorer les endroits, les visages, si un jour nous devions oublier. Pour l'heure, nous souhaitons continuer à les partager avec vous, comme depuis le départ. Les retours enthousiastes que nous avons reçus nous ont amené à conclure un partenariat avec l'Office du Tourisme de Roubaix : nous y exposerons une sélection de ces photos, a priori courant juin. L'occasion de les découvrir ou de les revoir, en grand format cette fois. Nous souhaiterions vous associer à cette manifestation. En vous demandant de nous retourner par mail le classement de vos clichés préférés (on mettra volontairement de côté les photos de nous pour ne garder que les visages et paysages rencontrés pour cette exposition), nous aimerions que vous nous aidiez à choisir celles que vous voudriez voir sur les murs roubaisiens. Nous vous tiendrons informés de la date précise du vernissage, bien entendu. L'occasion de se rencontrer, de se retrouver et de prolonger le voyage, ensemble...
Merci et à très bientôt,
Benjamin et Assya